Découverte

Sécurité routière : l’innovation fera-t-elle baisser la mortalité ?


Speedy Life
Jeudi 22 Mars 2018




Alors qu’en France l’annonce de la limitation de vitesse à 80 km/heure sur les départementales à double sens fait débat, un accident mortel dû à un véhicule Uber autonome à Tempe, Arizona, aux États-Unis, relance la question de l’innovation. Faut-il miser sur le tout technologique pour faire baisser la mortalité ? Ou bien faut-il se contenter de réglementations contraignantes ? L’avenir apportera certainement des réponses moins tranchées, des solutions panachant les deux aspects.


Faut-il s’en remettre totalement aux machines ?
 
Le 19 mars 2018, une femme est tuée par une voiture autonome d’Uber alors qu’elle traversait un axe routier à quatre voies de Tempe, près de Phoenix, Arizona. Conséquence, la société Uber annonce aussitôt qu’elle suspend ses essais de véhicules autonomes aux États-Unis et au Canada.

Selon les premiers éléments d’enquête, notamment à partir des caméras du véhicule, la voiture fonctionnait au moment de l’accident en mode autonome, avec une personne assise sur le siège conducteur.  La victime traversait la chaussée en dehors des passages piétons en poussant un vélo. Or l’identification des vélos semble encore poser de nombreux problèmes aux véhicules autonomes.

Cet accident ralentira vraisemblablement le déploiement des véhicules sans conducteur aux États-Unis, même si Uber et d’autres constructeurs présentent cette révolution technologique comme la réponse ultime à l’insécurité routière. N’y a-t-il pas d’autres innovations, peut-être moins spectaculaires, qui permettraient néanmoins de faire baisser la mortalité sur les routes ?

Plus près de nous, en France, à l’issue du comité interministériel de la sécurité routière, qui s’est tenu le 9 janvier 2018, le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé un ensemble de mesures destinées à combattre l’insécurité routière. Parmi les priorités : la baisse de la vitesse sur les routes avec, notamment, le passage de la limitation de 90 à 80 kilomètres/heure sur les départementales à double sens. Mais également la lutte contre la mortalité piétonne, laquelle a connu une hausse alarmante de 19 % entre 2015 et 2016. Une augmentation qui touche, en premier lieu, les seniors et les plus jeunes, parmi lesquels les enfants. « Les collectivités territoriales sont au cœur de ce combat pour sauver des vies, d’abord parce que les routes communales représentent 63 % des routes en France » déclare Stéphane Daeschner, président de l’association Prévention routière. Depuis 1990, l’association récompense chaque année les collectivités qui se sont montrées vertueuses dans ce domaine en leur décernant ses « Echarpes d’or ». Le palmarès 2017 a ainsi distingué onze collectivités, dont les initiatives variées s’orientent vers des axes communs, qu’énumère Stéphane Daeschner : « La volonté d’empêcher les vitesses excessives, mais aussi celle de mettre en sécurité les usagers vulnérables, grâce à l’amélioration d’infrastructures en leur faveur, comme la mise en place de pistes cyclables, l’élargissement des zones 30, des trottoirs, des zones piétonnes, etc. »

Des lunettes connectées contre l’endormissement au volant

De toute évidence, la sécurité routière appelle des solutions panachées. Pourquoi faudrait-il s’en remettre totalement aux machines alors que sont en train d’éclore des innovations permettant d’améliorer le comportement des conducteurs face à des risques potentiels, notamment les « lunettes connectées ». Ces dernières attirent un nombre croissant d’acteurs économiques, et non des moindres, au premier rang desquels Optic 2000, leader sur le marché français de l’optique. Yves Guénin, secrétaire général du groupe coopératif ne cache son ambition dans ce domaine : « Quand on pense lunettes connectées, je veux qu’on pense Optic 2000 ».

Malgré les échecs des Googles Glass, Spectacles (lunettes avec caméra embarquée de Snap Inc.) et Hololens (Microsoft), le marché de la vision connectée continue d’attirer de nombreux investisseurs, séduits par les fonctionnalités de plus en plus nombreuses des lunettes dites intelligentes, en particulier pour la prévention des accidents de la route. Les lunettes développées par le français Ellcie Healthy en partenariat avec Optic 2000 analysent des données physiques, physiologiques et environnementales et alertent sur les risques éventuels d’endormissement au volant. Après s’être vu décerner en février dernier le Prix de l’Innovation Sécurité Routière, ces lunettes connectées seront officiellement lancées sous le nom commercial PrudenSee le 23 avril au Grand Palais à Paris à l’occasion du départ du Tour Auto Optic 2000 (1).

Le volontarisme de la coopérative d’opticiens sur ce sujet provient précisément de son implication sur cet événement automobile qu’est le Tour Auto Optic 2000. Mais il repose sur l’idée qu’une acuité insuffisante ou un champ visuel rétréci impactent la conduite et augmentent le risque de collision. Ce constat résulte notamment des études menées par Céline Lemercier, Professeur de psychologie cognitive à l’université Toulouse Jean Jaurès et chercheur au laboratoire Cognition, Langues, Langage, Ergonomie (CLLE) au CNRS, et responsable du plateau technique simul’auto”, plateforme permettant de simuler de nombreuses situations de conduite automobile et d’observer les éléments susceptibles d’engendrer des phénomènes d’inattention chez le conducteur. « L’œil humain est facilement trompé, mais la voiture de demain permettra sans doute d’éviter ces pièges », prédit-elle (2).
 
Les Français plébiscitent les outils innovants d’assistance à la conduite
 
Le pari commercial d’Optic 2000 s’appuie également sur une grande enquête OpinionWay réalisée en juin 2017 pour l’Observatoire de la santé visuelle et auditive (3). Cette étude confirme que les automobilistes sont conscients de l’importance de la vision et de l’audition sur la route, la vision étant considérée comme un des premiers critères de sécurité au volant, après l’absence d’alcool et le bon état du véhicule.

Elle éclaire également la manière dont les Français voient la voiture de demain : « Pour 83 % des conducteurs interrogés, la voiture de demain permettra d’anticiper les événements extérieurs, par exemple en freinant automatiquement au feu rouge ou en adaptant l’allure à celle du véhicule de devant. 57 % la voient totalement autonome. Elle pourra se conduire sans les mains pour 51 %, et même sans les yeux pour 40 % des conducteurs, sur une portion d’autoroute prévue à cet effet. Seuls 3 automobilistes sur 10 se disent prêts à adopter une conduite “eyeless” (sans les yeux) ».
 
L’image est donc mitigée. Malgré une attirance certaine pour des outils innovants d’assistance à la conduite du type lunettes connectées, les français ne semblent pas encore prêts à accepter l’idée de véhicule totalement autonome.
En attendant, il sera particulièrement intéressant de vérifier dans les années à venir l’effet des lunettes connectées sur la mortalité routière.
 
(1) https://www.lsa-conso.fr/prudensee-les-lunettes-anti-somnolence-d-optic-2000,283341
(2) http://www.observatoire-groupeoptic2000.fr/points-de-vue/entretiens-experts-reconnus/pr-celine-lemercier-loeil-humain-est-facilement-trompe-mais-la-voiture-de-demain-permettra-sans-doute-deviter-ces-pieges/
(3) http://www.observatoire-groupeoptic2000.fr/etudes/etude-3-voir-entendre-volant/resultats-enquete-grand-public/


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